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5 mars 2011 6 05 /03 /mars /2011 18:54

ouvrage en cheveux XIXème                      détail : fleurs en cheveux enroulés sur fil de métal

C'est en visitant une exposition du Musée de la Vie Romantique à Paris que j'ai découvert l'importance des ouvrages en cheveux réalisés au XIXème  siècle. Dans une vitrine se trouvait l'un de ces admirables bracelets en cheveux tressés qui furent tant à la mode à ce moment là.

Il m'a paru fascinant que ce fil humain soit travaillé comme d'autres matériaux semblables tels que la soie ou la laine, tout en dégageant une forte symbolique. Porter un bijou en cheveux c'est avoir contre sa peau une partie du corps  d'autrui. Avec les médaillons ou les miniatures un lien commémoratif, affectif ou esthétique relie à l'objet, mais il demeure une distance. Par contre aucun espace entre la bague & le doigt, le bracelet & le poignet.

Ici le cheveu touche, frotte, effleure. IL vit encore au contact de celui ou celle qui le porte. C'est un corps à corps permanent qui témoigne de l'ardeur des sentiments.

Les cheveux offerts comme gage d'amour semblent être une pratique ancienne. Ils furent de tous temps les messagers de l'amour & l'emblème de la fidélité .

Rappelons-nous Bérénice au IIIème siècle av J-C. Au XIIIème siècle "La dame du Fayel" donne à Renaud de Coucy plusieurs de ses tresses avant son départ en Terre Sainte. Peu avant sa mort, il demandera à son écuyer de rapporter à celle-ci une lettre d'amour, l'une des tresses et son propre coeur.

Au XVIème siècle Agrippa d'Aubigné, lors d'un combat, voyant le feu prendre à son bracelet fait des cheveux de sa maîtresse, l'éteindra au péril de sa vie. Ému par ce geste, son adversaire suspendit son attaque le temps qu'il sauve cet objet pour lui si précieux.

Au XVIIème siècle le page amoureux de Tristan Lhermite reçoit de sa belle anglaise un bracelet fait de ses cheveux qu'il porte continuellement. Jean de La Fontaine se moquera de cette  pratique dans "Joconde" où le mari distrait revenant chercher le bracelet tissé par sa femme qu'il avait oublié, trouvera cette dernière au lit avec son valet. Les jeunes filles romantiques brodent avec leurs cheveux des ouvrages, qu'elles recouvrent de motifs de fleurs, de volutes ou de chiffres.

Plus proche de nous, ce thème  du charme d'amour est repris par Clint Eastwood dans son film "The Outlaw Josey  Wales". L'héroïne tresse avec ses cheveux blonds une chaîne de montre pour le hors-la-loi dont elle est éprise.

Les cheveux conservés comme relique mortuaire relèvent aussi d'une tradition fort ancienne.

Quelques cheveux de Marie-Madeleine, de ceux qui avaient essuyé les pieds du Christ, ont été recueillis & déposés dans un reliquaire de l'église du couvent des Jacobins à Saint Maximin. Comme le coeur, les entrailles ou le squelette ils se trouvent dans des sépultures royales. Le Musée Carnavalet possède une miniature présentant le portrait de Louis XVI fait des cheveux de la Reine Marie-Antoinette, alors que le British Muséum conserve un pendentif contenant une boucle des cheveux de cette dernière. Napoléon dans son testament d'avril 1821 demande de faire réaliser après sa mort avec sa chevelure, des bagues de deuil à répartir entre l'impératrice & les membres de sa famille.

  ouvrage en cheveux XIXème

Le désir de garder une trace précieuse de l'être défunt engendre dans le XIXème siècle rationaliste une forte tendance fétichiste. La bijouterie de deuil se développe en Angleterre sous le règne de la Reine Victoria avant de se répandre en France. La mode ainsi suscitée entraîne l'édition de catalogues de modèles &  d'ouvrages techniques. Les artistes & dessinateurs en cheveux se développent. Ils les tissent selon la technique de la passementerie, ou les collent sur un support afin de composer un tableau ou de décorer des objets. Cette forme d' art continu jusqu'à la première guerre mondiale, puis disparaît durant les années trente.

Seuls le coiffeur Alexandre & le joaillier Jean Vendôme perpétuent la tradition . Le premier en réalisant des œuvres à partir des cheveux des personnalités ayant fréquenté son salon, le second en créant des pièces d'orfèvrerie uniques permettent de recevoir le cheveu de l'être aimé.

Si l'habitude consistant à couper & conserver une mèche de cheveux des enfants perdure encore de nos jours, il semble que le don entre adultes ait quasiment disparu. 

 

Suite à plusieurs installations que j'ai faites dans différents lieux artistiques, je possède une collection de plusieurs centaines de mèches de cheveux. Elles ont été, soit échangées contre les miennes, soit données  par les visiteurs de ces expositions. Voir La Trikhothèque.

Je signale à ceux qui sont intéressés, le livre d'Andrée Chanlot intitulé "Les ouvrages en cheveux" qui m'a renseigné sur ce sujet & qui est illustré de nombreuses photographies de sa collection.

Une recherche sur le web m'a fait découvrir aux  Etats-Unis  un site d'artistes en cheveux actifs et le musée de cheveux de Leila Cohoon dans le Missouri.  http://www.victorianhairartists.com

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Published by Josiane Guitard-Leroux - dans dictionnaire amoureux
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  • : Artiste plasticienne, j'utilise mes cheveux comme matériau pour réaliser mes oeuvres. Je rédige un "dictionnaire amoureux" du cheveu.
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