Vendredi 20 janvier 2012 5 20 /01 /Jan /2012 09:07


La singularité de ma pratique vient en grande partie du matériau que je produis et utilise.

La perte quotidienne de mes cheveux, est à un moment de ma vie, devenue intense. J'ai modifié le processus qui fait de cette matière organique un atout majeur de la séduction lorsqu'elle se trouve sur notre tête, et la transforme en déchet dès qu'elle en tombe. J'ai refusé que cette chute soit uniquement négative, ne la destinant qu'à finir dans une poubelle. Je l'ai récoltée, conservée puis j'ai commencé à la tisser, dévoilant ainsi la potentialité de son usage plastique. Par ce geste et avec l'intention artistique qui s'y mêlait, j'ai offert une autre vie à ces tiges capillaires.

Sauvés, mes cheveux sont devenus réseaux, mailles, trames. Ces presque rien, rehaussés à hauteur de regard ont retrouvé une valeur.

Cette partie de nous-même est pérenne, les momies retrouvées après 4000 ans de retraite en témoignent. La ténuité du cheveu isolé devient une force dans la multitude, le corps entier peut être soulevé par sa chevelure. Sa fragilité apparente fait sous-estimer sa résistance, celles et ceux qui fréquentent les salons de coiffure savent tout ce qu'il peut subir. C'est en jouant avec ces qualités que j'ai élaboré un processus de travail qui mise sur le temps pour les exprimer au mieux.

Avec l'obsession du geste répété d'un Sisyphe et la volonté inépuisable d'une Pénélope, en sœur d'Arachné je tisse, « trikhote » et tresse de mes doigts lents et silencieux des œuvres quasi immatérielles. Matière à faire mais aussi matière à penser, ce fil se déroule en une réflexion sur la perte du corps et la mort de l'être. Porteur des traces du passé et des promesses du futur, il glisse sur mes mains en un présent insaisissable. Le temps s'étire entre ces entretiens avec moi-même et ceux qui s'élaborent avec les regardeurs. Une manière d'agir qui vise à une rencontre entre eux et moi, dans l'espace d'exposition, où libres de rêver, d'évoquer, de se souvenir, ils ajouteront ou non du sens à ces travaux.

Dans cet univers nourri de mythologie, d'histoire de l'art, de voyages en Asie et en Afrique, des règles se sont mises en place pour structurer l'évolution du travail. Son organisation autour du chiffre trois et de ses multiples s'est instaurée. Dimension, nombre de cheveux ou d'éléments, couleurs sont ainsi calculés. Trois est un nombre fondamental qui exprime la totalité : créateur, acte de créer et création y sont contenus. Nombre parfait pour les taoïstes, Trimurti pour les hindous, Triple Joyau pour les bouddhistes, Trinité pour les chrétiens, il représente la synthèse et la voie médiane qui permet de dépasser les conflits et de conduire à l'harmonie.

Dans ma démarche il relie l'artiste, le faire et l'œuvre. Il me permet d'approcher le fragile équilibre nécessaire à leur tenue. Il contribue à ce que ça fonctionne.

Les pièces réalisées sont généralement des séries qui se déclinent en fonction des couleurs noire, d'origine, et rouge, due au henné. Mes cheveux peuvent être entrelacés en maillages, collés un à un sur un œuf ou du papier, noués et cousus sur de la toile, emmêlés à plat ou en volume.

Ils sont souvent « trikhotés », c'est à dire noués les uns aux autres puis crochetés.

Ces « Trikhotages »sont utilisés de différentes façons. Brodés sur de la tarlatane ils deviennent la peau d'étranges faces. Suspendus à des ressorts et lestés de perles ou de plombs ils évoquent la fluidité d'une transition. Rassemblés ils se vrillent et vibrent d'énergie.

Aux marges de l'absence, le rite quotidien de leur mise en oeuvre se trame au tissu de mon existence. Il voile la prise de risque qu'induit cette réalisation. Il dévoile le plaisir qu'elle procure.

 


Par Josiane Guitard-Leroux - Publié dans : textes, catalogues, revue de presse - Communauté : artiste plasticien
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Jeudi 12 janvier 2012 4 12 /01 /Jan /2012 16:33

Détails d'oeuvres

L'envie de partager ma pratique artistique est à l'origine de la création de ce blog.

Plasticienne, j'utilise mes cheveux pour faire mes œuvres. Je mène une réflexion sur le temps, la perte & la mort.
Mon travail s'organise autour du chiffre trois & de ses multiples. je joue avec la répétition du geste, la tension du matériau & les couleurs noire & rouge, créant ainsi des variations qui structurent mes œuvres en séries.

Ma pratique se caractérise par l'utilisation d'une matière organique que je produis puis récolte quotidiennement avant sa chute naturelle sur le sol. Mes cheveux perdent ainsi leur futur statut de déchets. Triés & conservés, ils sont ensuite mis en forme de différentes façons.

Ces particules capillaires peuvent être fixées sur du papier en d'énigmatiques signes, crochetées en de fragiles réseaux, amassées & assemblées en sculptures mouvantes, nouées & cousues sur des toiles ou brodées sur de la tarlatane. Si elles portent toujours la mémoire physique et psychologique du corps auquel elles étaient reliées & en évoquent la présence, elles sont cependant détournées & métamorphosées par le faire artistique.

Grâce à la nouvelle visibilité que je leur offre lors des expositions, les cheveux deviennent supports de rêveries, d'évocations ou de souvenirs pour ceux qui les regardent.

Des installations comportant plusieurs centaines de mèches proposent aux spectateurs des échanges ou des dons de cheveux. Une Trikhothèque¹ s'est ainsi constituée, riche de presque un millier de pièces.

Des performances trikhographiques² ont lieu chaque année en différents lieux. Elles témoignent du passage du temps, de la conservation de l'instant. Elles sont un rendez-vous & me permettent d'expliquer en public ma démarche artistique. Dans ces rencontres des liens nouveaux se tissent & les anciens se consolident.

Un " Dictionnaire amoureux " du cheveu est élaboré au fil du temps.

Ce blog est un lieu d'échange & de rencontre autour & à propos de l'art & des cheveux. Il prolonge & actualise mon site : link

¹ Voir l'article "Triko"

² Voir l'article "Triko" & la catégorie "Performances"

English version

I am a visual artist using my hair to create my work. The number three and its multiples constitute the departure point for my compositions, objects and installations. I explore the repetition of gestures, the tension of the material and the colors black and red. The specificity of my work resides in the originality of both the material and the different ways in which it’s used, inviting the viewer to reflect upon loss and death.

My artistic practice is characterized by the use of an organic material that I produce and collect daily as it naturally falls out. My hair is thus no longer something to be thrown away. Sorted through and conserved, it is then reworked into different forms. These tiny, capillary particles can be arranged on paper to create enigmatic signs, crocheted or pinned into fragile networks, accumulated and assembled to create “soft” sculptures, knotted and sewn on to canvas or embroidered on to tarlatan.

My pieces record the passage of Time. They focus upon the elusiveness of the present, revealing themselves as remnants of the past while holding promise for the future.

Thanks to the renewed visibility that I give them in exhibitions, my locks of hair can lead the viewer to musing, reverie or reminiscing.

Installations made from several hundreds of my locks of hair give visitors the possibility to  exchange or donate hair. A "Trikhothèque", or Hair Bank¹, with nearly thousand pieces has thus been set up.

"Trikhographic" performances² ( in wich i use my hair) take place every year in différent locations. They reflect the passage of Time, the preservation of the moment. They allow me to met the public &  explain my artistic practice. In these meetings new links are forged & old are consolidated.

A " Hair lover's dictionnary"' is being developed over time.

This blog is a meeting place where I can share and exchange with others on art  made from hair. It's an update extention of my website : link

¹ see the article "Trikho"

² see the article "Trikho" & class "Performance"

 


Par JGL - Publié dans : textes, catalogues, revue de presse - Communauté : partage
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Jeudi 29 décembre 2011 4 29 /12 /Déc /2011 16:45

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Par Josiane Guitard-Leroux
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Mardi 13 décembre 2011 2 13 /12 /Déc /2011 10:11

La pauvreté a toujours été l'une des causes de la vente de ses cheveux par une femme. Dans Les Misérables Fantine la mère de Cosette vend ses cheveux et ses dents pour nourrir sa fille. En 2009 des espagnoles victimes de la crise économiques vendent pour 150 € leur chevelure. Certains sites proposent sur internet des prix allant jusqu'à 1000 $ pour une longueur de 75 cm.

La vente des cheveux est en pleine expansion. La mondialisation a développé un marché qui existait depuis longtemps. La demande croissante d'extensions des femmes occidentales et africaines doit être satisfaite par la vente massive de leurs cheveux par les femmes indiennes et chinoises. Ce marché convoité, la Chine s'en est emparé en faisant de Xuchang la capitale mondiale du cheveu.¹ 

Zheng Youkan PDG de Rebecca Hair Product, leader mondial de la perruque & des extensions, est issu d'une famille qui travaille dans le cheveu depuis des générations. Enfant, il parcourait les villages du Henan à bicyclette pour acheter les chevelures de jais des femmes.  La collecte de cheveux s'effectue depuis des siècles dans cette région. La réputation des cheveux des chinoises était connue au XVIII ème siècle & les marchands européens venaient déjà se fournir ici pour les fabriquants de perruques. Les clients étaient alors les nobles, les juges & les avocats. 

Zheng a crée sa première usine en 1999 à laquelle il a donné le nom de l'héroïne de Daphné du Maurier & qui contrôle aujourd'hui toute la filière. La société récemment entrée en bourse, achète 200 tonnes de cheveux par an. Si le marché des perruques, notamment à usage thérapeutique, perdure c'est grâce à celui plus récent des extensions, popularisées par les stars de Hollywood, que la firme prospère.

La Chine a évincé l'inde, sa rivale & concurrente. Bien que disposant du même atout, une énorme population offrant une réserve immense de matière première, & d'un avantage, celui de la collecte simplifiée, l'Inde n'a pas suivi le développement industriel chinois. STCD, la plus grosse entreprise indienne du secteur reste artisanale.
Le temple hair, cheveu offert par les pèlerins aux dieux en particuliers au temple de Tirupani ² pourtant plus proche du cheveu européen car moins raide & plus fin, est vendu aux enchères par les prêtres. Surnommé le happy hair car donné dans la sérénité, il est très populaire auprès des sociétés qui fabriquent les extensions. 

Autre source d'approvisionnement, le cheveu européen vaut de l'or. La blondeur originelle des cheveux des ukrainiennes ou des russes est très convoitée. Mais attention sa récolte est parfois beaucoup moins sereine que celle des indiennes. Certaines sociétés russes rasent les prisonnières pour vendre leurs chevelures, un collecteur a été abattu dans l'Oural en 2006 & des femmes se font agresser & couper leurs précieuses tresses blondes. 
David Elman, le patron de Raw Virgin Hair, société d'importation spécialisée dans le cheveu blond, le confirme : ce sont des cheveux intacts, non traités, non décolorés, non teints, de l'or à l'état pur. Seulement il n'en récolte qu' 1,5 tonne par an.

Cependant la demande est plus importante que l'offre. Les africaines elles aussi raffolent des extensions. Que ce soit dans le quartier de Château Rouge à Paris ou dans les villes du continent, ces femmes ont un gros budget coiffure. Il faut donc tresser des millions d' extensions dans les villages chinois du Henan pour le compte de Rebecca. C'est ce que font toute l'année leurs habitantes pendant que leur maris sont partis travailler sur des chantiers à l'autre bout du pays & ne rentrent qu'une fois par an pour la fête du printemps, mais aussi d'autres "travailleuses" selon un rapport sur le travail forcé en Chine dont suit un témoignage présenté à la Commission du Congrès exécutif sur la Chine, le 22 juin 2005. 

"  Le camp de travail No. 3 de la Province de Henan et le camp de travail des femmes Shibalihe de la Ville de Zhenzhou

La concurrence dans l'industrie des produits capillaires est très intense puisque c'est une industrie très spécialisée avec des barrières minimes en termes de capital, technologie, et marketing. De plus, puisque le prix de la matière première non traitée et du travail des cheveux humains constitue un pourcentage significatif du coût total du produit, les compagnies se battent pour les matières premières non traitées et la main d'oeuvre à prix réduit. En conséquence, les détenues des camps, prisons et centres de travail du voisinage sont devenues des esclaves pour fabriquer les produits capillaires bon marché. L'analyse de la situation révèle que c'est l’une des principales raisons pour lesquelles les camps de travail sont devenues les sites de production pour des produits capillaires de Henan Rebecca et d'autres manufactures de produits capillaires de Henan.

Pour fabriquer les produits capillaires de la province de Henan, plus de 800 détenues (y compris des pratiquantes de Falun Gong illégalement détenues) au camp de travail numéro 3 de la province de Henan et au camp de travail des femmes Shibalihe dans la ville de Zhenzhou ont été forcées à travailler jour et nuit, par les gardes qui les menacent de torture, punition et humiliation. Elles travaillent des heures supplémentaires pour apporter le revenu de devises étrangères et plus de profit pour les camps de travail et Henan Rebecca Hair Products Inc. Pour augmenter le profit, le camp de travail numéro 3 de la province de Henan « achète »même comme esclaves les pratiquantes de Falun Gong à d’autres endroits pour 800 Yuan (USS100) chacune. Lorsque le camp de travail était à court de fonds et était sur le point de fermer, de nombreuses pratiquantes de Falun Gong ont été enlevées et incarcérées dans ce camp où elles ont été forcées à fabriquer les produits capillaires, rétablissant ainsi les affaires du camp de travail.

Selon un témoin, "le camp de travail numéro 3 de la province de Henan a reçu le prix de 'l'Unité nationale civilisée du travail ' citation du Comité de droit et des politiques centrale du « Bureau 610 » et du bureau du camp de travail pour persécuter le Falun Gong. Lors de la remise du prix, trois détenues se sont évanouies d'épuisement. Qu Shuangcai, directeur du camp de travail numéro 3, persécutait brutalement les pratiquantes de Falun Gong et était récompensé par ses supérieurs. Au mois de mai 2003, il a été transféré au camp de travail des femmes Shibalihe dans la ville de Zhenzhou et promu au poste de directeur de ce camp de travail. Tout de suite, il a signé un contrat avec les produits capillaires Henan Rebecca, Inc. Il a également institué l'utilisation des camisoles de force pour torturer les pratiquantes. Quelques mois après son arrivée, trois pratiquantes de Falun Gong ont été torturées à mort."

Avec l'aide des travaux forcés des camps de travail de Henan, pendant les 10 premiers mois de l’an 2002, l'exportation de produits capillaires de la province de Henan a atteint 138.86 million de US$, ce qui en fait une grande industrie avec plus de 1 milliard de Yuan (USS125 million) de revenu, et Henan est devenu le plus grand fabricant de produits capillaires dans le monde. L'industrie de produits capillaires a eu un taux de croissance annuel consécutif de presque 30% et les produits capillaires de Henan ont une part de marché d’un quart du total mondial. Possédant cinq camps de travail/usines de produits capillaires, Henan Rebecca Hair Products Inc. est le principal producteur mondial de perruques de cheveux humains. 
Selon des sources, les Etats-Unis sont le plus grand marché de distribution et de consommateurs des produits capillaires dans le monde. Rebecca prend une portion importante du marché aux Etats-Unis. Les statistiques montrent que les Etats-Unis ont un besoin de 15 millions de perruques de cheveux humains, dont 10 millions proviennent de Xuchang, Henan." ³

Couper les cheveux de femmes en Asie qui traditionnellement les portaient longs, pour allonger & augmenter le volume des chevelures de femmes en Afrique, en Europe et en Amérique est un commerce qui devrait perdurer malgré les abus qu'il entraîne.

D'une femme à l'autre, d'un continent à l'autre, les cheveux circulent des mains de celles qui les traitent & les tressent aux mains de celles qui les coiffent, matière première pour les unes, symboles de la beauté pour les autres.

¹ : selon Doan Bui dans l'article du Nouvel Observateur du 20-26 janvier 2011.

² : voir l'article Don du Dictionnaire amoureux du cheveu.

³ : source : clearharmony  http://www.cecc.gov/pages/round-tables/062305/Xu.php?PHPSESSID=8a85fef2332442cf35285a6fca0a72e7 

Par Josiane Guitard-Leroux - Publié dans : dictionnaire amoureux - Communauté : partage
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Lundi 21 novembre 2011 1 21 /11 /Nov /2011 11:05

20h11-le-20.11-2011-au-Petit-bain.JPG     performance-20h11-le-20.11-2011-au-Petit-bain.JPG

La performance trikhographique  20:11 20.11 2011 a été effectuée au Petit Bain à Paris, lors du Dimanche rouge à 20h11 le 20/11 2011.

à voir sur flickr.com/dimancherouge1

Par Josiane Guitard-Leroux - Publié dans : performances - Communauté : artiste plasticien
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  • : Le blog de Josiane Guitard-Leroux
  • : Artiste plasticienne, j'utilise mes cheveux comme matériau pour réaliser mes oeuvres. Je rédige un "dictionnaire amoureux" du cheveu. I'm a visual artist working with my hair. I'm writing a " Hair Lover's dictionary".
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  • : art cheveux hairwork visual artist Culture
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